Editos INFOS CP

infos CP : octobre 2017

À quelques jours du rendez-vous Protestants en fête à Strasbourg, s’esquisse progressivement les contours d’un bilan 2017 très encourageant. De nombreuses et remarquables manifestations, attestant la créativité et la vitalité des protestants, sont venues ponctuer cette année commémorative.

N’en déplaise à ceux qui croyaient Luther invendable en France en raison d’une historiographie française peu flatteuse pour le réformateur allemand. La figure de Luther suscite un intérêt notoire bien au-delà des cercles protestants. En 2017, l’authenticité de sa quête spirituelle et la profondeur de sa démarche pastorale l’emportent sur les conséquences schismatiques de son action et l’insoutenable violence de certains de ces propos. De toute évidence, en 2017 Luther est une figure qui parle.

N’en déplaise aussi à ceux qui croyaient le slogan « Vivre la fraternité » retenu par la Fédération protestante de France trop banal, trop sociétal et insuffisamment évangélique. La question de la fraternité est au cœur des préoccupations de notre société et de celles des élus de notre pays. Elle pose une exigence éthique au cœur des défis contemporains que sont notamment l’accueil digne des réfugiés, la solidarité collective avec les personnes en marge ou exclues de toute vie sociale, la coexistence respectueuse et pacifique des cultes et des cultures en une société plurielle. De toute évidence, en 2017, les textes bibliques évoquant la destinée parfois tragique de personnages, qui comme Jacob et Esaü sont issus d’une même filiation et confrontés à une fraternité à construire, parle.

Le Colloque “Protestantismes convictions et engagements” organisé par la Fédération protestante de France le 22 septembre dernier à la Mairie de Paris illustre l’engouement que suscitent ces protestants qui célèbrent leurs origines, relisent leur histoire, en assument les erreurs, s’interrogent à la lumière des Écritures, cherchent à penser leur rapport à la culture, continuent à se mobiliser afin d’apporter leur contribution au devenir de la cité. En effet, fait inédit pour la minorité protestante française, l’activité générée par le colloque sur le réseau social twitter a été dans le top 5 national. La presse s’est amplement faite l’échos de l’intervention remarquée du Président de la République, saluant notamment l’esprit critique des protestants qui « a nourri la nation », l’apport de leur foi et leur rôle de « vigie de la république », leur capacité « à faire coexister sous un même toit, dans une foi partagée, des pratiques différentes, des conceptions sociales et morales parfois divergentes. » 1

En attendant de pouvoir faire un bilan plus complet, reste à vivre le grand rendez-vous de la fraternité, Protestant en fête, les 27, 28 et 29 octobre à Strasbourg. Une quinzaine d’expositions, plus d’une vingtaine de concerts, une quarantaine de conférences, une dizaine de spectacles, une demi-douzaine de films, le village des fraternités, le village des médias, la nuit des thèses, l’opéra le mendiant de la grâce, un culte XXL au Zénith, … Tout est prêt, ou presque, pour vivre un mémorable week-end. À vous de vous y inscrire, et d’inviter à s’y inscrire, pour saisir ces nombreuses occasions de rencontrer des protestants en fête. 2
 

Christian Krieger, vice-président de l’UEPAL

1 Les interventions du Président de la République, de Mme le Maire de Paris et du Président de la Fédération protestante de France sont visibles sur :
http://www.protestants.org/index.php?id=23&tx_ttnews[tt_news]=3986&tx_ttnews[year]=2017&tx_ttnews[month]=09&cHash=c0d1e636e3

2 Inscrivez-vous par internet www.protestantsenfete.org ou directement au point accueil de l’UEPAL,
1b quai Saint-Thomas à Strasbourg (du lundi au jeudi, de 8h à 18h ; le vendredi de 8h à 17h).
Vous avez une question ? Renseignements au 03 88 25 90 00

infos CP : septembre 2017

Aux deux tiers de cette année jubilaire 2017, nous avons déjà vécu de nombreuses et belles rencontres pour dire, vivre et célébrer ce en quoi la Réforme initiée par Martin Luther a profondément renouvelé notre manière de vivre la foi chrétienne et l’Église, et transformé notre vision de la société dans ses dimensions économique, sociale, politique et culturelle. À travers ces événements, l’Esprit a soufflé pour nous redonner confiance et courage, nous faire reprendre conscience de la pertinence du message de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui et nous inviter à en témoigner avec nos convictions protestantes.

Il reste un défi à relever : celui de « Protestants en fête » du 27 au 29 octobre 2017. L’UEPAL s’est engagée à porter cet événement pour le compte de la Fédération protestante de France et de l’ensemble du protestantisme français. Cet engagement nous invite à nous mobiliser massivement en participant à l’événement. Il est donc urgent de vous inscrire et d’encourager les membres de vos paroisses à le faire, en particulier pour être assurés de pouvoir participer au culte et à l’ensemble des animations prévues. Nous ne pouvons que vous recommander de vous inscrire collectivement en regroupant les inscriptions par paroisse ou association.

Nous devons aussi être à la hauteur de l’engagement pris en accueillant nos hôtes dans les meilleures conditions. Nous sommes donc à la recherche de plusieurs centaines de bénévoles, mais aussi d’offres d’hébergement dans l’Eurométropole de Strasbourg pour les participants venus de loin. Pour vous donner un maximum d’informations pratiques sur tous ces points, une Newsletter spécifique vous sera régulièrement transmise par notre service communication.

Au-delà de cet événement, il nous faut nous poser la question de l’« après 2017 » ou plus précisément du sens et de l’importance de l’ « événementiel » dans la vie de l’Église, qui est d’abord caractérisée par l’engagement et la fidélité dans le temps. Théologiquement, ce débat est souvent résumé par les deux termes en tension « Événement et institution ». Traditionnellement, le protestantisme privilégie l’événement – l’irruption de Dieu dans nos vies – par rapport à l’institution ecclésiale, toujours soupçonnée d’être conservatrice et de vouloir normer, contrôler, canaliser les forces de l’Esprit à son profit. Cette méfiance par rapport à l’institution est devenue générale dans notre société de l’immédiateté, que ce soit par rapport à l’école, à la justice ou à l’État. Nous reprenons cependant progressivement conscience de l’importance de l’institution : pour les chrétiens, l’événement que constitue la proclamation de la Parole ne peut exister sans une communauté incarnée, organisée et structurée par des règles, c’est-à-dire une institution. Cette institution permet d’affronter la longueur du temps et d’être présent dans l’espace public. Alors, n’opposons pas événement et institution, qui sont complémentaires et se soutiennent réciproquement. Vivons l’événement « Protestants en fête » avec joie et enthousiasme, sachant que le quotidien de l’institution, qui doit certes être sans cesse réformée et adaptée, continuera à nous porter. La perspective des prochaines élections aux Conseils presbytéraux en février 2018 nous le rappellera opportunément !

Christian Albecker, président de l’UEPAL

Inscrivez-vous par internet www.protestantsenfete.org ou directement au point accueil de l’UEPAL,
1b quai Saint-Thomas à Strasbourg (du lundi au jeudi, de 8h à 18h ; le vendredi de 8h à 17h).
Vous avez une question ? Renseignements au 03 88 25 90 09
 

INFOS CP : ÉTÉ 2017

Indéniablement un “souffle 2017“ anime la vie de l’Église en cette année commémorative. Ce souffle est perceptible à tous les niveaux de la vie ecclésiale, localement dans les paroisses et secteurs paroissiaux, sur le plan régional au niveau des inspections luthériennes, consistoires réformés et de l’UEPAL, mais aussi au niveau des coopérations nationales et internationales, ainsi qu’au cœur de la vie œcuménique. Partout s’exprime une créativité particulière, se manifeste un dynamisme inédit, œuvre une vitalité protestante, se multiplient des gestes symboliques. Cela ne veut pas dire que tout va bien. Mais ce souffle atteste d’une vitalité. En effet, les 500 ans de la Réforme s’avèrent une occasion magnifique que beaucoup saisissent pour célébrer avec reconnaissance leur histoire, se laisser questionner par elle, exprimer la pertinence qu’ils voient dans leurs convictions, s’adresser à leurs contemporains pour dire leur compréhension de l’Évangile, la confiance et l’espérance qui les animent.

Nos assemblées d’Églises, l’Assemblée de l’Union, le Consistoire supérieur et le Synode, se sont inscrites dans cette dynamique en se réunissant ensemble, le week-end dernier, en un même lieu, au Liebfrauenberg, pour travailler une même thématique théologique, la question de l’autorité des Écritures. Avec ce projet inédit, nos Églises écrivent une belle page d’histoire de cette Union, fondée sur le principe de la « diversité réconciliée » énoncé par la Concorde de Leuenberg, et créée en 2006. Une page, plus que symbolique, qui atteste qu’au-delà des difficultés consubstantielles à toute altérité, l’Union est en marche et trace sa route.

Les travaux des assemblées se situaient à l’aboutissement d’une démarche nourrie par la consultation des paroisses et lieux d’Église. Bénéficiant des apports d’Élisabeth Parmentier et Madeleine Wieger, luthériens et réformés ont ensemble pu affirmer dans un texte commun la manière dont ils conçoivent aujourd’hui leur rapport à la Bible. Nous vous encourageons à recevoir la résolution finale adoptée par nos assemblées. Dans cette dernière nous concevons les Écritures comme un corpus à interpréter et situons son autorité dans celle de cette Parole de Dieu qui advient au cœur et à l’esprit humain par l’action de l’Esprit. Certes, cette Parole ne vient pas à nous sans le témoignage des Écritures, et en même temps elle ne se résume ni ne se réduit à ces textes transmis jusqu’à nous. L’autorité des Écritures est avant tout celle de cette Parole qui, dès le commencement, était auprès de Dieu et par laquelle tout ce qui est a été créé (Jean 1,1-14). Une Parole qui veut aujourd’hui encore structurer le chaos, peupler nos vies et vivifier nos existences. Une Parole qui a rejoint notre humanité en Christ, la consolant, l’interpellant, l’édifiant, la mobilisant pour aller à la rencontre de Dieu et de nos sœurs et frères en humanité.

Réaffirmant, au-delà de la diversité de nos expressions de foi, de nos choix de vie, de nos interprétations des Écritures, le lien fondamental qui unit en Christ, nos assemblées encouragent à la lecture communautaire de la Bible, au débat interprétatif, à la confrontation des lectures, afin de continuer à laisser surgir en nous l’effet de cette Parole qui transforme et renouvelle l’humain, l’humanité et le monde.

Christian Krieger, vice-président de l’UEPAL
 

INFOS CP : JUIN 2017

Pentecôte : fête de l’Esprit, fête du langage. La confusion des langages symbolisée par la tour de Babel et la volonté de l’homme de se faire l’égal de Dieu n’est pas abolie, elle est dépassée. L’Esprit n’impose pas un langage unique qui serait un retour aux origines et qui effacerait la tragique histoire des hommes. L’Esprit permet aux Galiléens (les disciples du Christ) de parler les langues des étrangers de multiples origines présents à Jérusalem. Il permet aux humains de se comprendre malgré leurs différences de langages : leur histoire et leur culture sont assumées, elles ne sont plus source de division et de conflit. Tous entendent les autres dans leur propre langue. Il n’y a pas une langue unique qui serait celle des chrétiens, il n’y a pas de discours ni de pensée unique : chacun reste ce qu’il est mais comprend l’autre dans sa propre langue pour « dire les merveilles de Dieu ».

Cette Pentecôte de la diversité, l’Église en fait l’expérience depuis les origines, même si la tentation de l’uniformité ou de la pensée unique a toujours à nouveau guetté la communauté chrétienne, et pas seulement l’Église catholique ! En Namibie, lors de l’Assemblée générale de la fédération Luthérienne, il nous a été donné de vivre cette Pentecôte de la diversité au sein d’une même tradition, Pentecôte de la joie et de la louange, mais aussi Pentecôte de la communion dans les situations de violence et de souffrance. Et notre jubilé des 500 ans de la Réforme est aussi une véritable Pentecôte, lorsque nous entendons nos frères catholiques ou évangéliques « parler dans notre langue ».

Alors, il est permis de rêver encore à une autre Pentecôte, une Pentecôte politique celle-là. Une Pentecôte où, au-delà de nos diversités d’opinions, nous comprendrions celles et ceux qui pratiquent une autre langue politique… Notre nouveau Président de la République n’est certes pas le Messie et s’attendre à ce qu’il résolve tous nos problèmes, c’est risquer une grave désillusion. Il n’empêche que la mobilisation de tant de personnes peu familières des cénacles politiques traditionnels apporte dans notre pays un vent nouveau susceptible de nous guérir de notre pessimisme de commande et des clivages tellement convenus qu’on ne sait même plus, comme dans les querelles de famille, d’où ils viennent. Il ne s’agit certes pas de viser un consensus mou – ce qui serait une anti-Pentecôte ! – mais d’entendre l’autre différent dans sa propre langue. Dans le processus de réconciliation des Églises, on parle du modèle du « consensus différencié » : d’accord sur l’essentiel, les Églises peuvent avoir des options différentes sur des sujets secondaires. Ce modèle ne pourrait-il pas être transposé au monde politique ? Il est permis de rêver…


Christian Albecker
, président de l’UEPAL
 

INFOS CP : avril 2017

« Le grain de blé tombé dans la terre doit mourir, sinon, il reste seul.
Mais s’il meurt, il donne beaucoup de grains. »

Jean 12, 24

Ce mois d’avril 2017 sera marqué par deux événements apparemment sans grand rapport : les chrétiens du monde entier fêteront Pâques, la résurrection du Christ, cœur et fondement de la foi chrétienne, et les français iront aux urnes pour élire un nouveau Président. Quel lien en effet ? J’en vois personnellement deux :

  • Le désarroi de nos compatriotes est palpable, tant la campagne électorale est déroutante et incertaine : qui choisir ? Entre la démagogie des uns, la tartufferie des autres, les repères traditionnels brouillés, à qui faire confiance ? Le premier parti de France, celui des abstentionnistes, risque à nouveau de gagner les élections… Cette dangereuse propension à ne pas vouloir regarder la réalité en face et à ne pas prendre le risque de s’engager est porteuse de gros risques. Le message de la résurrection peut alors nous inviter à dépasser nos peurs : Osons ! Risquons-nous à faire un choix, à faire confiance, car nous savons que ce choix est relatif, et que l’espérance de la vie plus forte que la mort nous permettra, quoi qu’il arrive, d’aller plus loin, de dépasser nos déceptions et nos désillusions.
  • La résurrection, le triomphe de la vie, n’est cependant pas une assurance-vie à laquelle il suffirait de souscrire pour voir s’envoler tous nos soucis. Le message du Christ est clair à ce sujet : « Le grain de blé tombé dans la terre doit mourir, sinon, il reste seul. Mais s’il meurt, il donne beaucoup de grains ». La résurrection suppose de passer par la nuit de la mort, Pâques est indissociablement lié au Vendredi Saint. Il nous faut réapprendre à accepter cette réalité de l’enfouissement et de la mort, pour nos vies personnelles, qui peuvent connaître l’échec et la souffrance, mais aussi pour notre vie collective, dans la société et dans l’Église. Renoncer à des modes de pensée et d’organisation inadaptés, accepter de remettre en cause des manières d’agir qui ne sont plus porteuses de vie et d’espoir : voilà quel devrait être le souci des partis et des hommes politiques qui prétendent conduire notre pays vers l’avenir, mais aussi de nous citoyens, comme de nous membres de l’Église, acteurs engagés de nos communautés ou simples paroissiens.

Acceptons donc de laisser mourir ce qui n’est plus porteur de vie, et soyons des témoins joyeux de la bouleversante nouveauté de Pâques : la mort est morte, vive la vie !

Christian Albecker, président de l’UEPAL
 

Infos CP : mars 2017

Question d’autorité !

Face au désolant spectacle que nous livre la politique depuis des semaines, nombreux sont les concitoyens, y compris parmi ceux qui comprennent la participation au scrutin comme un devoir républicain, à se dire désorientés et en panne de perspective devant les échéances à venir. Le spectacle médiatico-judiciaire que l’on nous propose quotidiennement ne suscite aucune adhésion, et ne parvient pas à favoriser l’émergence d’un débat portant sur un projet de société.

Dans un flyer “Politique : tous concernés, tous responsables”, l’UEPAL appelle les membres des deux Églises, et plus largement nos concitoyens, à se sentir responsables et acteurs de la démocratie, de la République et des orientations qu’il convient de donner à notre vie en société. Or être ou devenir acteurs, suppose une autorité constituante qui libère l’énergie « innovante, créative, et donne la force des commencements » (Michel Bertrand).

En 1954, cherchant à penser le désastre Nazi et le drame de la Shoah, Hannah Arendt écrivait que « l’autorité a disparu du monde moderne ». La politologue naturalisée américaine pouvait-elle seulement imaginer le caractère visionnaire de son propos, tant nous sommes pris dans une crise généralisée de l’autorité qui touche toutes les institutions qui ont vocation à structurer nos existences (famille, école, justice, État, Religion, entreprise, etc.).

Les racines de cette crise sont multiples : les dérives tragiques des pouvoirs autoritaires du XXe siècle ; la suspicion de toute instance censée incarner l’autorité qui en résulte ; la fragilisation des institutions jadis porteuses de sens et de vérité ; l’individualisme contemporain qui érige le subjectif au rang de norme ; la réticence générale à faire crédit à un autre que soi-même.

Or sans la confiance qui « accrédite » l’autorité, celle-ci en est réduite au seul exercice d’un pouvoir.
Les Chrétiens, et notamment les protestants, sont très sensibles à la question de l’autorité. Ils confessent dans l’Écriture sainte, la seule autorité en matière de foi et de vie d’Église. Si tous reconnaissent en Christ la clé de compréhension de l’Évangile et en Dieu l’autorité ultime, nous recevons sa Parole au moyen d’un texte à interpréter. Nous vivons le sola scriptura (autorité des Écritures) dans le contexte de la crise des autorités que je viens d’évoquer. Les Chrétiens et les Églises, dans leur lecture de la Bible, cherchent à se frayer un chemin de foi entre le néant d’un relativisme qui conteste toute vérité, et l’oppressante étroitesse du fondamentalisme qui veut imposer une seule vérité. Comment vivre l’autorité de cette parole à interpréter en Église ? Telle est la question que le Conseil Synodal et le Directoire confient aux lieux d’Église et se proposent de traiter lors du Synode et du Consistoire supérieur de juin prochain. Que ce questionnement nous permette également, s’il le faut, de réinvestir la responsabilité citoyenne de notre foi.


Christian Krieger, vice-président de l’UEPAL
 

infos CP : février 2017

« De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Jean 20,21

Ce verset, tiré du récit de l’apparition du Ressuscité aux disciples en l’absence de Thomas, a été commenté par la pasteure Antje Jackelen, archevêque de l’Église luthérienne de Suède, dans sa prédication du culte d’ouverture de la récente préassemblée « Europe » de la Fédération Luthérienne Mondiale (FLM) à Höör en Suède. Cet envoi des disciples par le Christ ressuscité vient immédiatement après le verset 20 précédent : « Il leur montra ses mains et son côté ». Si l’envoi de Jésus par le Père s’est traduit par le rejet, la souffrance et la croix, les disciples ne doivent pas s’attendre à être traités mieux que leur maître. Cette « théologie de la croix » n’est pas dolorisme mais réalisme et confiance dans Celui qui a vaincu la mort. Elle nous invite à être des témoins courageux de la Bonne Nouvelle face aux faux dieux et aux faux prophètes qui prospèrent. En Europe, ces faux dieux s’appellent, entre autres, populisme, protectionnisme, ou « post-vérité ».

En ce début d’année jubilaire des 500 ans de la Réforme, la préassemblée de Höör a constitué une étape importante vers l’assemblée mondiale de la FLM en mai prochain à Windhoek en Namibie. Plus de 80 délégués des 3 régions européennes (Europe du Nord, de l’Est et de l’Ouest) ont travaillé pendant 4 jours sur le thème de l’Assemblée « Libérés par la grâce de Dieu ». Nous avons été invités à réfléchir en quoi les 3 sous-thèmes « Le salut n’est pas à vendre », « Les êtres humains ne sont pas à vendre » et « La création n’est pas à vendre » nous concernaient en Europe. Les situations historiques, économiques, sociologiques et religieuses des Églises luthériennes en Europe sont très différentes, entre la Russie, l’Islande ou l’Allemagne par exemple. Mais avec des accents différents, tous les délégués se sont retrouvés sur la nécessité de témoigner clairement de notre identité chrétienne dans nos sociétés sécularisées, tout en étant attentifs aux enjeux de société et aux risques de dérives pointés par Antje Jackelen.

L’UEPAL, qui est membre de la FLM, rejoint ainsi le souci des Églises luthériennes de ne pas limiter le jubilé à sa dimension mémorielle, mais de dire en quoi le message de la Réforme, celui de la grâce de Dieu qui libère, nous aide à vivre et à être témoins du Christ dans le monde d’aujourd’hui. Suivre le Christ est une invitation à la lucidité et à la vigilance qui nous vaudra peut-être opposition et rejet, mais c’est aussi une invitation à la confiance et à l’espérance, à la suite du Ressuscité, qui est vie et joie : « Les disciples furent dans la joie en voyant le Seigneur ! » (Le même verset 20 qui évoque les plaies du crucifié !). C’est le sens que nous voulons donner aux très nombreuses manifestations qui se préparent pour 2017, en particulier les deux grandes étapes de notre cheminement jubilaire : la caravane de la Réforme du 7 au 9 avril 2017, et le rassemblement national « Protestants en fête » du 27 au 29 octobre 2017, à Strasbourg. Autour du mot d’ordre « Vivre la fraternité », je souhaite que nous nous mobilisions dans la vigilance, la confiance et l’espérance !

Christian Albecker, président de l’UEPAL

En savoir plus sur :
• La préassemblée de la FLM à Höor : https://www.lwfassembly.org/en/europe-pre-assembly ainsi que la rétrospective sur www.uepal.fr rubrique Rétrospective
• La Caravane de la Réforme, dans le cadre de l’Itinéraire européen : www.uepal-protestants2017.fr
• Protestants en fête 2017 : www.protestantsenfete.org
 

INFOS CP : JANVIER 2017

2017 !

Nous entrons dans cette nouvelle année, à la fois comme tout le monde et pourtant différemment. Comme tout le monde, nous échangeons des vœux et prenons des résolutions. Nous nous réjouissons des opportunités et perspectives heureuses qui se profilent, et sommes saisis d’inquiétudes devant certaines échéances. Nous nous apprêtons à relever les défis identifiables et nous tentons de mobiliser nos ressources pour donner, y compris dans les épreuves à vivre, le meilleur de nous-même.

Et pourtant, pour la famille protestante, 2017 a une saveur particulière. Les 500 ans de la Réforme confèrent à notre esprit un sentiment à la fois de reconnaissance et d’ébullition. Cette échéance nous mobilise, dans les paroisses, au niveau régional et national. L’organisation du grand rassemblement « Protestants en fête » à Strasbourg sur la thématique « Vivre la Fraternité », tout comme l’accueil de la caravane « Itinéraire européen de la Réforme » pour recueillir à travers l’Europe – et à Strasbourg début avril – le témoignage actuel des héritiers de la réforme, s’inscrivent résolument dans l’aujourd’hui. Loin de vouloir s’adonner à cette frénésie commémorative rivée à un glorieux passé, les Églises protestantes souhaitent avant tout, en se ressaisissant de leur héritage, vivre leur vocation au présent et porter leur regard vers demain. De ce fait, 2017 aura vocation à être protestante et œcuménique, fraternelle et interreligieuse ! Une année où résolument nous chercherons à écrire avec les plus belles couleurs les mots d’accueil, de confiance, de liberté, de responsabilité et de solidarité. Quel défi !

Dans cette perspective, le mot d’ordre de l’année résonne comme un encouragement. Parole énoncée par le prophète Ezéchiel durant des jours sombres du peuple d’Israël. Sous la domination babylonienne, les années glorieuses se réduisaient à un lointain passé. Le présent n’était que dispersion et fragilité, nostalgie et doute. Il se résumait à un de ces parcours du désert que l’on espère n’être qu’une traversée. Par la voix de son prophète, Dieu annonce à ceux qui se croyaient désormais insignifiants et en perdition dans le tourbillon des puissances du monde, la restitution d’une vie digne. « Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un esprit nouveau » … à cause de mon nom !

Elle a dû résonner cette parole ! Communiquer l’espérance de Son souffle aux enfants d’Israël ainsi déportés et dispersés. Elle a encore résonné durant la Shoah, pour les enfants d’Israël livrés à une haine antisémite effrénée. Voyant leur ruine arriver, cette parole prenait un gout d’éternité au cœur du tragique. Elle résonne de multiples manières au cœur des épreuves, notamment pour les personnes atteintes d’une fragilité cardiaque ou en attente d’un greffon.

Que ce mot d’ordre, cette parole d’espérance, nous accompagne et nous encourage en cette année élective et commémorative. Qu’elle nous communique Son souffle dans les mois à venir qui nous confronteront encore à ces nombreux défis humains, politiques, sociaux, ecclésiaux qui nous préoccupent déjà. Qu’elle vienne inscrire en notre cœur et nos esprits la conscience qu’en Christ Dieu a déjà donné, et nous donne encore, ce qu’inlassablement il attend de nous.


Christian Krieger, vice-président de l’UEPAL
 


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